Genèse de l’exposition

Un jour, mon grand-père m’a montré une petite photographie qu’il gardait dans son portefeuille. Sur ce cliché pris en 1930 lors de son service militaire, on le voyait en tenue d’apparat, droit comme un « i » et fier comme Artaban. A 85 ans, mon grand-père avait passé l’essentiel de sa vie de paysan provençal dans les champs. Son visage, creusé de rides profondes, contrastait avec les traits lisses et pleins du jeune homme sur la photo… Je lui ai demandé de tenir cette image près de son visage et j’ai fait un cliché. J’avais 23 ans, c’était une de mes premières photos…

Genèse

Quelques années plus tard, en 1995, j’ai rencontré Bernard Delhom qui, du haut de ses 110 ans, était alors le doyen des Français. J’ai eu envie de reproduire le cliché réalisé avec mon grand-père et je lui ai demandé de me montrer des photos de sa jeunesse. Ancien gendarme, il avait conservé une photo de lui en uniforme sur laquelle on le voyait debout, négligemment appuyé sur son sabre. Par jeu, j’ai agrandi à taille réelle cette image. Lorsque je l’ai déroulée dans son salon, le vieil homme a prononcé cette phrase étonnante : « Tiens, nous avons de la visite : un gendarme ! ». Il venait de faire une rencontre avec lui-même et je réalisais que la confrontation avec cette image du passé était propice à la résurgence des souvenirs. Ce fut le déclic pour débuter ma série de portraits.

Comme beaucoup de centenaires à cette époque, Bernard Delhom avait combattu en 14-18. Et comme mon grand-père qui m’avait parlé de sa « drôle de Guerre », celle de 1939, Bernard Delhom me raconta la sienne. Assez rapidement, m’est venue l’idée de lier mes portraits photographiques aux récits de guerre entendus lors des nombreuses rencontres qui suivront. Ce travail a donné lieu, en juin 1996, à la publication d’un ouvrage, Derniers Combats (éd. Vents d’Ouest), et à une exposition à l’Historial de la Grande Guerre à Péronne.

Au-delà des frontières de l’hexagone…

J’aurais pu m’en tenir là, mais j’avais comme un sentiment d’inachevé. Une de mes dernières rencontres, — Julius Philipp Winter, un centenaire américain résidant à Paris depuis 1918 —, m’avait donné envie d’aller voir les survivants de 14-18 au-delà des frontières de l’hexagone. C’est alors que le journaliste Olivier Morel m’a contacté. Il souhaitait utiliser un de mes portraits pour illustrer un article. Olivier Morel travaillait également sur la mémoire de la Grande Guerre, avec un intérêt particulier pour l’Allemagne. Ensemble, au début de l’année 1997, nous sommes partis rencontrer des anciens combattants allemands. C’est aussi à cette période que le magazine américain Life, via l’agence Gamma, m’a commandé une série de photos de vétérans américains. Au printemps 1997, avec Tala Skari, correspondante de Life à Paris, j’ai ainsi pu me rendre à la rencontre d’ « anciens » de 14-18 aux Etats-Unis.

En 1998, Le Figaro magazine et la Fondation IPSEN ont soutenu le projet. Avec Olivier Morel, qui réalisait le travail d’enquête, nous avons rencontré une quinzaine de centenaires dans plusieurs pays d’Europe, mais aussi le dernier survivant du continent africain dans son village de Thiowor au nord du Sénégal, Abdoulaye N’Diaye. L’ouvrage issu de ce travail, Visages de la Grande Guerre, a été publié chez Calmann-Lévy en novembre 1998. Une exposition a également eu lieu à Paris, à l’Hôtel des Invalides, dans le cadre du Mois de la Photo en novembre 1998.

En 2006 et 2007, j’ai participé au film documentaire Adieu 14, réalisé pour France 2 par Jean-Marc Surcin à partir d’un projet écrit par Olivier Morel. Jean-Marc Surcin était déjà auteur et réalisateur du documentaire Les Derniers de la der des ders (1998) et d’un court-métrage de fiction sur le thème du dernier poilu de la Grande Guerre (Le Dernier survivant, 2000). Dans le cadre du documentaire Adieu 14, j’ai repris ma série de portraits photographiques de poilus français en partant sur les traces des ultimes survivants.

Le temps des commémorations

En 2008, Lazare Ponticelli, le dernier soldat français de 14-18, est décédé à l’âge de 110 ans. Cette même année, le Ministère de la Défense m’a proposé d’installer mes portraits d’anciens combattants dans l’Ossuaire de Douaumont, à Verdun, à l’occasion d’une visite du Président de la République le 11 novembre 2008. Cette installation qui se voulait éphémère est aujourd’hui toujours en place.

En 2008, j’ai également eu la possibilité de visiter les réserves provisoires du futur Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux. Celles-ci abritaient les quelques 20 000 objets et 30 000 documents rassemblés par Jean-Pierre Verney, historien et collectionneur spécialisé dans la Grande Guerre. Intéressé par ces objets, j’ai commencé à faire des photos. En 2010, le futur musée m’a commandé une série de reportages et de photos d’objets en prévision de son ouverture en 2011.

Depuis quelques années, j’ai aussi commencé à parcourir les champs de bataille de la Grande Guerre, fasciné par ces paysages qui portent les stigmates des combats. J’y ai rencontré des passionnés qui réhabilitent les vestiges de 14-18, rendant ainsi hommage aux millions de soldats disparus sur la ligne de front de ce terrible conflit.

L’exposition à la Gare de l’Est

Point de passage obligé pour monter au front, la Gare de l’Est était connue de tous les anciens soldats que j’ai eu la chance d’approcher et de photographier. En juin 2012, j’ai proposé d’installer dans le hall Alsace une exposition photographique pour les commémorations de 2014. La gare a non seulement soutenu le projet, mais a aussi encouragé une scénographie plus ambitieuse qui prendrait place dans plusieurs halls et sur les grilles extérieures.

J’ai demandé à Agnès Voltz d’être la commissaire de l’exposition. L’association Chambre avec Vues, dont elle est l’une des fondatrices, s’est trouvée tout naturellement porteuse du projet.

Mission Centenaire 14-18

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